Professeur d'un jour : Lionel Jospin "Crise de l'euro ou de la gouvernance de la zone euro ?"

Catégorie: 

Le compte-rendu de l'intervention de Lionel Jospin est le fruit du travail de deux de nos élèves (Mathias Garcia Reinoso et Jean Tuloup), donc la retranscription de ce qu'ils en ont perçu et retenu.

Après avoir remercié les organisateurs de cet événement de l'avoir invité pour une expérience qu'il a qualifiée de singulière et de nouvelle. « Ca me rappelle ma carrière de professeur d ‘économie ». Monsieur Jospin a commencé par rappeler quelques éléments biographiques afin de situer le point de vue et le contexte duquel il parlera durant l'exposé.

En 1965, au sortir de l'Ecole Nationale d'Administration, Lionel Jospin entame une carrière de diplomate au Ministère des Affaires Etrangères, qu'il mettra de côté dès 1970 afin de devenir professeur d'économie à l'Institut Universitaire et Technologique de Sceaux. En 1981, il est élu Premier Secrétaire du Parti Socialiste, charge qu'il abandonnera en rentrant au gouvernement en 1988. En 1995, il redevient chef du Parti Socialiste jusqu'à être nommé, en 1997, Premier Ministre, charge qu'il assumera jusqu'en 2002.

Le reste de la séance fut divisé en trois parties. Dans un premier temps, Monsieur Jospin effectua un exposé sur La crise de la zone euro et la gouvernance européenne. Dans un deuxième temps, les élèves posèrent des questions sur le sujet auxquel l'ancien Premier Ministre répondit. Le troisième temps fut consacré à un échange autour d'un goûter bien mérité !

L'exposé

Afin de répondre à la question posée, l'exposé de Monsieur Jospin s'appuya sur deux principaux axes de réflexions : il nous donna, tout d'abord, quelques éléments afin de mieux pouvoir cerner le contexte, puis essaya de nous illustrer les problèmes auxquels il est possible d'être confronté durant les décisions économiques majeures.

Comment l'euro est-il né ?

Dans un contexte de crises de la zone Euro et de la gouvernance européenne il est intéressant de se pencher sur la question de l’Euro. L’Euro est né d’un double mouvement. L’un fut propre à l’Europe, l’autre à la mondialisation. En créant un marché commun, il n’était pas illogique d’accompagner sur le plan monétaire l’évolution commerciale. Ainsi  est apparue au début des années 1980 l’idée d’une monnaie unique ("il n'était pas illogique de faire sur le plan monétaire ce qui s'est fait sur le plan commercial"). C'est ainsi qu'est donc née l'idée d'unifier les monnaies. Sur le plan extérieur, de nombreux désordres monétaires justifiaient largement le basculement à une monnaie unique. En 1945, lors de la signature des accords de Brettons Wood est établi un nouveau système monétaire basé sur des parités fixes des monnaies en dollar, seul le dollar restant convertible en or : c'est ce que l'on a appelé le Gold Exchange Standard. Afin de veiller sur ces parités, une nouvelle instance a été créée, le Fond Monétaire International. Ce système reposait donc de facto sur le dollar qui en assure la stabilité via les parités et sa convertibilité en or. Cependant, dans les années 1960 et surtout dans les années 1970, le dollar devient le maillon faible de la chaine, notamment à cause de la décision de Nixon en 1971 de stopper la convertibilité du dollar en or. Ceci a donc conduit à un flottement généralisé des monnaies (institutionnalisé par les accords de la Jamaïque de 1976), grand vecteur d'instabilités.

C'est donc pour ces raisons que, dès 1972, les pays européens vont s'entendre pour réduire les marges de fluctuations entre leurs monnaies à moins de 2,5 % : c'est ce qu'on appel le Serpent Monétaire Européen. En 1979 est instauré le Système Monétaire Européen, qui scelle l'Union Monétaire et qui est un pas en avant vers la monnaie unique.

Un pas décisif est franchi lors du traité de Maastricht, en 1992, en instaurant une monnaie unique. Sa création se fait en trois étapes. Tout d'abord, de 1990 à 1994, on opère un rapprochement des économies : libération de la circulation des capitaux, création d'un fond structurel pour aider les pays en difficultés et mise en place d'une convergence des politiques économiques. Puis, la deuxième phase qui va de 1994 à 1999 concerne la création et l'installation de la Banque Centrale Européenne à Francfort, symbole politique souhaité par l'Allemagne puisque cette ville héberge déjà le siège de la Bundesbank, la banque centrale allemande. Le lieu s'accompagne également d'une discipline très stricte, qui n'était pas dans la coutume française contrairement à l'Allemagne ou au Royaume-Uni : l'indépendance des banques centrales. C'est durant cette deuxième phase que Lionel Jospin devient premier ministre, à la suite des élections législatives anticipées de 1997. La troisième phase commence le 1er Janvier 1999, jour où onze pays européens adoptent une nouvelle monnaie : l'euro. Cependant ce n'est que l'euro scriptural qui est adopté, les pièces et billets étant introduits en 2002. La Grèce ne rejoindra ses voisins qu'en 2001, suite à quelques problèmes d'alignement sur les conditions d'entrée.

Les négociations autour de l'euro

Ainsi, la nouvelle union économique s'était dotée d'une politique monétaire commune, dirigée par la BCE. Afin d'assurer l'entrée dans la zone euro, des critères, dits "de convergences" avaient été adoptés, portant sur l'inflation, mais également sur les déficits et les dettes. Cependant, rien n'était encore prévu pour la suite. C'est donc pour cela qu'est née l'idée du Pacte de Stabilité et de Croissance.

Quelques jours après son arrivée au gouvernement, Monsieur Jospin a donc dû se rendre au sommet d'Amsterdam afin justement de mettre en place le PSC. Plusieurs questions avaient déjà été réglées lors de la signature du traité de Maastricht et n'étaient pas à débattre. C'est notamment le cas de l'entrée dans l'euro ou de l'indépendance de la banque centrale. En revanche, il fallait trancher sur un certain nombre de questions cruciales.

La première de ces questions était de savoir s'il fallait avoir un euro étroit, c'est-à-dire avec cinq ou six pays avec une économie forte, ou au contraire un euro large comprenant tous les pays qui le pouvaient. La première vision était celle qui était soutenu par l'Allemagne, les Pays-Bas ou le Luxembourg, pays qui avançaient le danger que pouvaient représenter les pays dits du "club med". La seconde solution était celle qui était préférée par le nouveau premier ministre français (et celle qui a finalement été adoptée).

La deuxième question qui se posait était de savoir s'il fallait essayer d'avoir un euro fort ou faible. L'euro fort aurait signifié qu'il serait doté d'une certaine stabilité et d'un avantage pour les importations, mais qu'il représenterait une contrainte pour les exportations. A  l'inverse, un euro faible serait plus instable, et poserait des problèmes pour les importations, mais favoriserait l’export. Lionel Jospin, ainsi que son ministre de l'économie de naguère, Dominique Strauss-Kahn [ndlr. actuel directeur du Fond Monétaire International] souhaitaient militer pour un euro juste.

Sauf qu'un problème se dessine déjà puisque la France, qui sort d'une période difficile économiquement, ne respecte pas les règles d'adhésions. A une Allemagne mécontente, Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn  rétorque qu'en retournant aux exigences de Maastricht trop vite, on risquait de casser la croissance, et donc de faire baisser les recettes. Car, en absolu, s'il n'y a pas d'excédent budgétaire, il n'y a pas de remboursement de la dette (en fait, si la croissance est plus forte que la progression de la dette, alors la dette relative, ie. en pourcentage du PIB, diminue).

Par ailleurs, par la voix de ses représentants, la France a également profité de l'occasion pour mettre sur la table la question de la gouvernance économique européenne. Sur ce sujet, tant l'Allemagne que le Royaume-Uni ont fait bloc afin de l'éviter. C'est donc un groupe hybride qui à vu le jour : l'eurogroupe, réunion des ministres de l'économie afin d'essayer de coordonner les politiques économiques, mais sans réel pouvoir.

La question de la régulation du système financier mondial en général et européen en particulier a également été abordée (défaillances qui ont été mises en lumière par les différentes crises comme celles d'Argentine ou du Brésil). Sur ce point, une partie des propositions ont été acceptées, mais, là encore, les décisions ne sont pas allées aussi loin que l'aurait souhaité l'ancien premier ministre.

L'euro va relativement bien marcher au début, notamment durant l'introduction de la monnaie divisionnaire ainsi que durant l'élargissement. Il est resté relativement fort face au dollar et a su s'imposer comme deuxième monnaie mondiale. Cependant, plusieurs problèmes persistent. Tout d'abord, selon les français, les prix ont considérablement augmenté lors du passage à l'euro. Bien que ce ne soit pas vrai d'un point de vue économique, il est vrai que, localement, le prix de certaines denrées s'est accru (comme pour le pain avec le célèbre exemple du cartel des boulangers de la Marne). Le niveau de l'euro face au dollar est aussi plutôt problématique pour les échanges. Ainsi, les avions d'Airbus sont vendus en dollar, ce qui pose un problème quand la valeur négociée au début du contrat va diminuer au fur et à mesure qu'est réalisé l'avion (une augmentation de l'euro face au dollar signifiant une baisse du prix relatif de l'Airbus).

L'euro et la crise

La crise financière de 2008, qui s'est généralisée au reste de l'économie en 2009, ressemble à la crise de 1929 dans la mesure où elle s'est déclenchée dans le cœur même du système financier, et non en périphérie.

Au début, l'euro va avoir un effet protecteur puisqu'il va éviter le désordre monétaire européen. En effet, avec l'euro, les marchés ne peuvent spéculer contre les monnaies nationales, et doivent donc se rabattre sur l'euro. Or, cette opération est loin d'être rentable face au dollar.  Cependant, les marchés ont finalement trouvé une solution, et, au lieu de spéculer sur les monnaies, ils ont commencé à spéculer sur les dettes. La Grèce, qui avait connu, notamment sous les gouvernements conservateurs, des politiques assez larges et accommodantes ainsi qu'un sérieux maquillage des comptes, s' est donc retrouvée en ligne de mire des marchés. C'est donc ainsi que s'est développée la spéculation contre les titres grecs, ainsi que sur la capacité du gouvernement hellénique à rembourser [ndlr. spéculation sur les Credit Default Swap, ie. des bons pour se couvrir contre le risque du défaut de paiement]. Avant, cette crise se serait résolue par des ajustements et une dévaluation. Mais, avec l'euro, il y a un problème : on ne peut plus dévaluer. Il ne reste donc qu'une seule solution : rétablir l'équilibre des comptes. Cependant, et c'est là l'une des erreurs qui a été faite, les européens ont été très lent (un mois et demi) afin d'apporter des solutions de soutien à la Grèce alors que tout le monde disait qu'il fallait faire très vite. L'Europe a ainsi révélé l'une de ses faiblesses : il est beaucoup plus simple de prendre des décisions tout seul qu'à vingt-sept.

Mais alors, comment est-ce que des pays développés ont pu à ce point se laisser aller au déficit ? La réponse est très simple : s'il n'avait pas fallu dépenser des sommes considérables afin de sauver les marchés financiers, ils n'auraient pas eu besoin de creuser ces déficits.

On en arrive donc à  un paradoxe : les marchés financiers sanctionnent lourdement l'endettement mais s'inquiète également des effets des plans de rigueur mis en place justement pour lutter contre les déficits.

On voit donc que c'est un cercle vicieux. Ainsi, la crise de l'euro n'aurait pas eu lieu si la crise financière n'était pas passée par là. Au final, les grands vainqueurs sont les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui ont largement prêté et ont pu consolider leurs économies.

 Il apparait donc évident que, quelque que soit le candidat, ou la candidate, arrivant en tête des élections de 2012, il (ou elle) aura de très lourdes et difficiles responsabilités. D'autant plus qu'il devra composer avec une croissance faible et des dettes et déficits qui explosent.

Les questions

Q : Ne faudrait-il pas que l'Union Européenne intervienne pour limiter la libre-circulation des capitaux afin d' éviter les crises financières ? (Rami Jouini, T2 ES)

Maintenant, il n'y a plus de contrôle des changes, en tout cas pas dans les économies développées (la Chine est un cas particulier). Peut-on revenir à un système de contrôle des changes ? La réponse est clairement non. Mais, il existe des trous noirs de la finance et on peut regretter que les trois derniers G20 ne s’en soient pas occupés. Ainsi, on pourrait étendre la réglementation pour traiter notamment le problème des paradis fiscaux. S'il est impossible de les supprimer, il faut alors les contrôler. Les fonds spéculatifs, les hedge funds qui s’y nichent seraient alors surveillés. Il faut travailler sur la transparence de la réglementation bancaire pour garder un système financier souple et efficace. Qui peut contrôler ? L' Etat ?  Une autorité des marchés financiers européennes ? Les institutions financières ? Le FMI ?

Les états ! Une des conséquences de la crise est la réhabilition des états, seules institutions à pouvoir légitimement lever des ressources pour pallier à la crise.

Nous devons « remettre le système financier sous contrôle » sans le compartimenter, ni le fermer.                                                                                                                         Q : L’ Euro large que vous avez plébiscité a-t-il entraîné la crise grecque?

"C'est une question que je me suis posée". Ce qui est évident, c'est qu'à six, l'euro aurait été automatiquement plus fort que l'euro à quinze ou seize. Mais  M. Jospin pense  que le vrai problème est celui de la gouvernance. En effet, tant au niveau grec qu’européen, il y a eu un manque de réactivité. D’ailleurs, lors de sa rencontre avec M. Sarkozy il a précisé : ‘Ne commettez pas l’erreur de choisir des personnalités faibles ». Ainsi, on est amené à se demander si la reconduction de M. Barroso à la tête de l’Europe est un choix efficient. En période de crise, il y a un vrai problème de volonté politique et de retour des égos nationaux.

Q : Athènes, Madrid et Lisbonne doivent-ils accepter les plans d'austérité, suivre les recommandations du FMI ? (Guirassy Baba, T2 ES)

Si Athènes demande de l'aide, elle doit faire des efforts, d'autant plus s'il y a eu mensonge. Dans le cas de la Grèce, un effort était, et est encore, absolument nécessaire. Pour l'Espagne aussi, même si le cas est un peu différent. En tout cas, si un plan d'austérité est jugé indispensable par un gouvernement, il doit prendre deux précautions. Tout d'abord, il faut absolument les calibrer afin d'éviter de casser la reprise, car sinon c'est le chômage qui va s'installer durablement. Monsieur Jospin a précisé qu'ils y sont parvenus en 1997, même si le contexte était très différent. Il faut également faire très attention à partager les efforts car si le peuple a l'impression que les responsables ne payent pas, le plan ne va pas passer. On peut voir ce phénomène en Grèce.

Q : Faut-il mettre des sanctions fortes pour les pays laxistes,comme le propose Angela Merkel ? (Louisa Djellal, T3 ES)

Il y a déjà des procédures dans le système de l'euro sur de nombreux échelons si l'on n'est pas dans les 3 %. La question est de savoir comment revenir en dessous de ces 3%. Il faut surtout aider les pays à se redresser, pas leur enlever le droit de vote "comme le propose Angela Merkel avec une rigueur toute allemande..."

Q : Comment se fait-il qu'il y ait des entreprises et des banques un peu douteuses, à l'origine même de la crise, qui ont bénéficié d'aides monétaires, alors que la Grèce a du mal à trouver des fonds, ou à des taux considérablement élevés ? (Mahou Floyd, T2 ES)

Ce sont deux horizons temporels différents. Dans un premier temps, il n'y avait pas le choix. "La question n'est pas de savoir s'ils [les gouvernements] ont eu raison de faire les pompiers, mais s'ils seront capables de devenir des gendarmes ?" Ne pas aider les institutions financières responsables de la crise est une politique mais elle aurait entraîné des cascades terribles pour l’économie. Ainsi même la très libérale Grande-Bretagne a presque nationalisé son système bancaire. Il faut faire des règles pour empêcher le « business as usual ». Le problème grec est arrivé après.

Q : Les nombreux plans d'austérité n'auront-ils pas des effets négatifs sur la consommation et sur la croissance ? (Victor Guérillot, T3ES)

Oui, même si on ne sait pas exactement ce qui se passera.  En effet, on change de cadre de pensée. Avant on était en plein néolibéralisme. Mais il est vrai qu’il faut limiter la spéculation à court terme. La solution serait de trouver un juste équilibre, de lisser la politique économique et financière dans le temps pour ne pas briser la reprise.

Q : Avant même la crise grecque, certains pays moteurs de l'UE avaient des déficits publics supérieurs aux crières du Pacte de stabilité. La crise n'a fait que les aggraver. Ne faudrait-il pas modifier certains de ces critères ?(Nasr Rana, T3ES)

"Ce n'est pas en changeant de thermomètre qu'ont guéri la fièvre." Par contre, ce qui est sûr c'est que ceux qui avaient moins de déficits avant ont maintenant plus de marges de manœuvres. Il faut assainir les finances publiques.

Q : Faut-il créer un Fond Monétaire Européen sur le modèle du FMI, afin d'éviter les lenteurs des décisions suite aux hésitations franco-allemandes  sur le cas grec ? (Belamri Lyes, T2ES)

Monsieur Jospin a précisé qu'il n'avait pas vraiment réfléchi à la question mais que, a priori, il n'était pas très favorable à cette idée. Il existe déjà un FMI, et il faut le réformer. Le problème européen se résoudrait plutôt par une meilleure gouvernance européenne que par la création d'un gendarme supplémentaire. La bonne entente du couple franco-allemand paraît donc plus que jamais indispensable pour l’Europe. Et les tensions à propos du cas grec ne doivent pas entâcher leur collaboration.

                                                     

Q : Est-ce qu'un gouvernement européen aurait amené plus de réactivité face à la crise ? (Soufi Ahcen, T2ES)

La réalisation des Etats Unis d'Europe n'est ni d'actualité, ni souhaitable. L'Europe peut être au plus une Fédération d'Etats-Nations. Il ne faut donc pas céder au fédéralisme à l'extrême. Attention au sens du terme « gouvernement européen », on parlera plus volontiers de « gouvernement économique européen ». On peut pousser plus loin le fonctionnement de l' Eurogroupe. Gouvernance européenne, cela veut simplement dire que l'on se coordonne d'avantage. De même, il faudrait par exemple pouvoir dialoguer discrètement avec la BCE tout en préservant son indépendance, mais pas sur la place publique, pour éviter les réactions immédiates des marchés financiers. « L’indépendance n’est pas l’autisme ». Cela pourrait permettre d'arriver à des situations plus optimales.

Q : Faut-il créer des agences de notations européennes et publiques, qui permettraient de mieux se rendre compte de la situation financière des Etats de l'UE et de moins affoler les marchés financiers ? (Héloïse Palmier, T3ES)

La question de l'indépendance des agences de notations a largement été développée par Michel  Aglietta. Le principal problème des agences de notation est qu'elles sont des institutions privées, liées à des entreprises, et qui garantissent des titres de créances publics. A la fois juge et partie, cela pose le problème de l'objectivité de ces notations.

Or le crédit suppose une évaluation juste des risques ! Si, de plus, les risques sont dissimulés et répandus dans le monde au travers la titrisation...

Revenons un peu en arrière : l'ensemble des transactions financières représente cinquante fois le PIB mondial. On se rend compte que l'on se trouve face à une masse d'argent totalement incontrôlée qui peut à tout moment menacer l'équilibre mondial. D'ailleurs, les institutions financières augmentent encore plus ce risque en essayant de le masquer (comme avec la titrisation). De plus,il y a une grande pression sur les acteurs qui doivent, depuis les années 1980, dégager des taux de rendements complètement invraisemblables. La crise des subprimes s'inscrit donc bien dans cette continuité.

Aux Etats-Unis, il existe deux types d'emprunteurs de fonds : ceux qui ont les liquidités pour rembourser leurs emprunts et ceux qui ne les ont pas et doivent donc les gager sur leurs avoirs (le plus souvent leurs maisons). Les premiers emprunteurs sont désignés comme les primes  et les seconds comme les subprimes. Afin de recouvrer plus rapidement les liquidités prêtées, les banques ont divisé en petites parts ces crédits accordés et les ont vendues (processus de titrisation). C'est ainsi qu'est né le marché des subprimes. Quand il y a un impayé ou un défaut de remboursement chez les clients subprimes, la banque saisit les biens gagés, les vend et, avec l'argent récolté, rembourse l'argent qu'elle doit à ceux qui ont acheté les titres subprimes. Sauf que, depuis 2004, les taux d'intérêt, variables, des remboursements ont considérablement augmenté, rendant un grand nombre de ménages insolvables. En 2007 éclate une crise immobilière aux Etats-Unis, ce qui fait que les banques, en revendant les maisons, ne peuvent plus rembourser ce qu'elles doivent : elle se retrouve en situation d'illiquidité. Problème : ces titres   adossés sur les crédits subprimes avaient largement été répandus dans des montages financiers complexes, ce qui a créé une crise globale et généralisée. Mais alors, où se trouve la responsabilité des agences de notations ? Tout simplement d'avoir attribué la meilleur note (AAA) à des montages comprenant en grande partie des titres subprimes, pourtant réputés très complexes et volatiles, et donc extrêmement risqués. Il faut donc établir l'autonomie des agences de notation, ou créer une agence publique européenne. Ou privée, mais sous contrôle.                                    

Q : Quel a été l'action la plus forte ou dont vous êtes le plus fier en tant que Premier Ministre ?

Lionel Jospin a tout d'abord précisé que sur des terrains différents, à différentes échelles et sur de nombreux plans, il existe un grand nombre de réformes dont il est fier. Cependant, s'il devait choisir quelque chose, il dirait que c'est lorsque, chaque mois, on lui apportait les nouveaux chiffres du chômage, inférieurs à ceux des mois précédents.

                                                          

                                              

Mots clés: 

Publié le: 
28 Juin 2010